Avant l’orage
Je marchais en chantant
Sur le chemin fermé
Le ciel était tombé à quelques pas
Parmi les pierres
Je me suis arrêté
J’ai regardé derrière
Avec leurs bras levés
Cheminées de chaumières
Chevelures au vent
qui se sont dispersées
Et tout ce qui s’élève
Et qui s’est en allé
Dans ma poitrine vide
Une goutte est tombée
Une goutte de pluie
lourde comme une larme
En regardant plus loin
Et par-dessus les arbres
(Pierre Reverdy, Source du vent)
8h30. Café sur le balcon. Une tronçonneuse tout à côté nous rappelle à l’ordre. Tout doucement notre vue change, les coups de tronçonneuse transpercent le paysage. Tout à coup un rai de lumière apparaît à travers les frondaisons. Le bûcheron-peintre esquisse un nouveau tableau. Etrange matin. Notre amie, une artiste sévillane, est touchée par cette ambiance. Elle sent bien que l’espace, sa profondeur, sa consistance se métamorphosent.
Loin des terres dures et arides assommées par le soleil du Sud, elle jouit, stupéfaite, de cet oasis de verdure. Elle qui a souffert dans sa chair de la chaleur insiste émue : l’ombre est une protection, une maison si essentielle. Elle nous raconte alors La arboleda perdida de Rafael Alberti. (Yves Tissot)

18 jours déjà et pourtant. Il n’est même pas 6h et une maison me revient dans la figure.
Vous sentez aussi cette blessure qu’est la perte d’un paysage. Au bout de la rue des Tilleuls est apparue une maison autrefois protégée, habillée par ses arbres. Elle est là, nue, encore un peu ridicule parce que mon regard cherche désespérément une vue qui ne reviendra plus. Inquiétante et familière étrangeté.
Se déplacer en ville aujourd’hui c’est traverser les ruines de ses paysages intimes et ça fait mal. (Yves Tissot)
on ne les voit plus
l’horizon est orphelin
bonjour ma tristesse

