Notre ginkgo de la piscine des Mélèzes, qui sera planté le samedi 25 novembre à 14 h 30 lors d’une cérémonie publique, mérite quelques lumières sur son histoire, ses caractéristiques biologiques et sa présence dans les arts, notamment chez Goethe et dans l’Art nouveau de l’École de Nancy.

Le ginkgo, yínxìng en chinois, est la dernière espèce d’arbres de la famille des Ginkgoaceae, la plus ancienne famille d’arbres connue sur la planète. Elle serait apparue il y a plus de 270 millions d’années, une quarantaine de millions d’années avant l’apparition des dinosaures.
C’est un arbre de taille moyenne à grande, pouvant atteindre vingt à trente mètres chez nous, voire quarante en Chine. Il n’a pas de prédateurs naturels, ni de parasites ou maladies. Les seuls facteurs externes défavorables seraient l’activité humaine, les aléas telluriques ou climatiques. Sa durée de vie est très longue, plus de mille ans.
Sa croissance est lente et sa durée de vie très importante, celui du jardin botanique de l’université de Tohoku, au Japon, est âgé de 1 250 ans. En Chine, un des plus vieux, réputé avoir plus de 3 000 ans, se trouve dans le temple Dinlinsi, Fulaisan, province du Shandong. Il existe encore dans ce grand pays plus de cent arbres de plus de mille ans. Ces très anciens spécimens se trouvent généralement près de temples, de sites historiques ou des sites touristiques.
L’écorce des jeunes arbres est d’abord lisse, puis se fissure avec le temps. Sa couleur varie du brun au gris. Ses feuilles caduques sont uniques, formées de deux lobes en forme de palmes, sans nervure centrale comme la quasi-totalité des plantes à fleurs.
Son nom « d’arbre aux quarante écus » vient du fait que le botaniste français M. de Pétigny a acheté, en 1788, vingt plants de ginkgo à un botaniste anglais pour la somme considérable de vingt-cinq guinées, soit quarante écus chaque pied. Celui « d’arbre aux mille écus » est expliqué par l’aspect de ses feuilles qui deviennent jaunes dorées à l’automne et forment un tapis d’or au pied de l’arbre.

Le premier ginkgo européen aurait été planté en 1730 au jardin botanique d’Utrecht. C’est aux Pays-Bas qu’Engelbert Kaempfer, médecin et botaniste allemand, a rapporté des jeunes pousses de ginkgo. En mission pour la Compagnie des Indes néerlandaises, il a séjourné au Japon de 1690 à 1692. Il est le premier Européen à décrire cet arbre dans son mémoire Amoenitatum exoticarum, publié en 1712.
Le ginkgo est utilisé en médecine traditionnelle chinoise depuis l’Antiquité. Ses applications médicales sont variées. Les feuilles contiennent une grande variété de substances, dont des flavonoïdes, des terpénoïdes, des lactones sesquiterpènes, des ginkgolides et des bilobalides. Le ginkgo est allergène.
Les effets du ginkgo sur l’organisme sont nombreux : notons une activité antioxydante, une augmentation du débit sanguin, notamment cérébral, une potentialisation des neurotransmetteurs et une modulation du métabolisme du glucose. C’est pourquoi on pense qu’il pourrait avoir un effet bénéfique pour diminuer les pertes de fonctions liées au vieillissement. On lui attribue ainsi des vertus protectrices contre la maladie d’Alzheimer ou les démences séniles.
Les «graines», comparables aux pistaches, sont une nourriture traditionnelle en Chine, souvent servies aux mariages. Elles sont parfois aussi considérées comme aphrodisiaques.
On trouve des ginkgos aujourd’hui dans de nombreuses rues et parcs des grandes villes en raison de leur résistance à la pollution et du caractère ornemental de leurs feuilles.
La feuille de ginkgo est le symbole de la ville de Tokyo.

Il est également l’arbre fétiche de la ville de Weimar (Allemagne) où Goethe a vécu et auquel il a consacré un poème très connu. On peut voir la lettre de Goethe avec son poème et les deux feuilles collées en herbier au Goethe Museum de Düsseldorf.

Dieses Baums Blatt, der von Osten
Meinem Garten anvertraut,
Giebt geheimen Sinn zu kosten,
Wie’s den Wissenden erbaut.
Ist es Ein lebendig Wesen,
Das sich in sich selbst getrennt?
Sind es zwei, die sich erlesen,
Daß man sie als Eines kennt?
Solche Frage zu erwiedern,
Fand ich wohl den rechten Sinn,
Fühlst du nicht an meinen Liedern,
Daß ich Eins und doppelt bin?
La feuille de cet arbre, que l’Orient
À mon jardin a confié,
Donne à goûter un sens secret
Qui charme l’initié.
Est-ce un être vivant,
Qui en lui-même se sépare ?
Sont-ils deux qui si bien se cherchent
Qu’on les croit ne faire qu’un ?
Pour répondre à cette question,
Voilà que j’ai trouvé le sens juste,
Ne sens- u pas à mes chants,
Que je suis Un et double ?
Les artistes de la fin du XIXe siècle et plus particulièrement ceux de l’Art nouveau, sous l’influence du japonisme, se sont intéressés au ginkgo en l’intégrant dans beaucoup de leurs créations, particulièrement dans l’École de Nancy.




Article citant des textes essentiellement tirés d’une page WEB de la Ville de Genève et de son Jardin botanique.
